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L'Eclairage d'un ERP

Lumière sur un ERP.

 

Il est important de comprendre qu'un projet ERP est contraint à beaucoup de normes. Il en est de même pour son éclairage. Nous avons rencontré Martin Fournols de la Société Absel qui nous donne des explications très précises dans ce domaine.

 

 

Qu’est-ce qu’un ERP ?

D’après l’article R. 123-2 du Code de la construction et de l’habitation : « Constituent des Etablissements Recevant du Public tous bâtiments, locaux, et enceintes dans lesquels des personnes sont admises soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non », autres que les employés (salariés ou fonctionnaires) qui sont, eux, protégés par les règles relatives à la santé et sécurité au travail.

 

Cela regroupe un très grand nombre d'établissements tels que cinémas, théâtres, magasins (de l'échoppe à la grande surface), bibliothèques, écoles, universités, hôtels, restaurants, hôpitaux, gares, les divers lieux de cultes, qu'il s'agisse de structures fixes ou provisoires (chapiteaux, structures gonflables).

 

Les principales exigences communes relatives aux ERP concernent le respect d'un règlement de sécurité contre l'incendie et les risques de panique. Outre des dispositifs d'alarme, de surveillance et des équipements de secours contre l'incendie, en qualité et quantités proportionnelles aux surfaces et quantités de personnes et aux risques encourus, cela se traduit par des règles strictes de dimensionnement des circulations, des niveaux d’éclairement  dans l’usage quotidien et dans les dégagements de sécurité, par des éclairages de sécurité liés ou non au balisage pour s’extraire du bâtiment en cas d’urgence.

 

Les quelques valeurs qu’il faut retenir autour de l’éclairage des ERP

 

En intérieur, les valeurs moyennes seront calculées en démarrant à 25cm de la limite de la zone étudiée et en prenant une mesure tous les 50 cm.

Dans les coursives : 100 Lux.

Dans les escaliers : 150 Lux.

Dans les circulations piétonnes des parkings couverts : 50 Lux.

En extérieur, la mesure se fera tous les 2 à 3 m. La valeur moyenne est alors de 20 Lux.

 

Un incendie ou une raison extérieure peut brutalement interrompre l’alimentation électrique de l’immeuble et plonger les coursives et escaliers dans le noir. C’est pour cela que sont installés des blocs de sécurité appelés B.A.E.S (Bloc Autonome d'Éclairage de Sécurité) indiquant à la fois la voie vers la sortie de secours et assurant un éclairage minimal suffisant pour trouver son chemin. Le bloc de sécurité doit alors émettre un flux lumineux minimum de 45 Lumens, assurant au sol un éclairement de 5lm/m² soit 5 Lux.

 

En dehors des circulations, escaliers et zones de passages, il n’y a pas de textes réglementaires ni d'articles de loi stricto sensu de niveaux d’éclairements exigés dans les ERP mais des recommandations en fonction de l’usage des locaux  et des zones (norme EN 12464).

 

Par contre, les normes les plus contraignantes en ce qui concerne l’éclairage sont celles qui définissent la résistance à la chaleur d’un incendie des luminaires au travers d’un test dit du fil à incandescence.

Souvent on entend parler de classement au feu des matériaux (incombustible, difficilement inflammable, inflammable), les fameux classements M0 à M4. Ils ont été remplacés par des Euroclasses A à E avec des indices de fumées et de propension à fondre en faisant des gouttes. Les luminaires sont étudiés pour éviter de fondre sous l’effet des fumées chaudes car ils risquent de prendre feu instantanément en laissant tomber des gouttes de matériaux plastiques en flamme.

 

Le test consiste à faire chauffer un fil à une température donnée, à l’appliquer contre les matériaux du luminaire pendant un temps donné et une fois retiré, la combustion doit cesser dans un temps maximum imposé.

 

Pour un ERP, la norme pour la résistance au fil incandescent est celle-ci :

750°C/30 secondes pour les locaux, sauf pour les circulations où la valeur est portée à 850°C/30 secondes.

 

Si le bâtiment est de plus classé IGH (Immeuble Grande Hauteur), les luminaires doivent satisfaire aux exigences d’une résistance à 750°C/5 secondes pour les locaux, sauf pour les circulations et les escaliers cloisonnés dont la valeur est portée à 960°C/5 secondes.

 

 

Les autres exigences imposées aux ERP

Elles concernent le respect de la Réglementation Technique plus connue sous le nom de RT2012.

 

La RT2012 est un ensemble de textes et de dispositions amenant à diminuer  entre autres la consommation énergétique. Ceci joue principalement sur deux aspects :

 

1. Performances énergétiques

Dans le cadre des recommandations de la RT2012, la gestion d’éclairage aura les fonctions suivantes :

Allumage volontaire manuel dans les espaces de travail.

Allumage automatique dans les zones de passage lorsque la luminosité naturelle est insuffisante.

Mesure permanente du niveau de luminosité naturelle dans tous les espaces bénéficiant de lumière naturelle.

Extinction automatique ou abaissement du niveau minimum recommandé lorsqu’un local est inoccupé ou que le niveau de luminosité naturelle est suffisant.

Gestion programmée en fonction de la luminosité pour l'éclairage extérieur (ex : parking extérieur).

Ces fonctions participeront à atteindre l’objectif de consommation énergétique générale de 50KWhep/m²/an imposée par la RT2012 sur les usages précisés (modulation suivant les paramètres de la RT2012).

 

2. Eclairages intérieurs et extérieurs

Devront être prises des dispositions de commandes automatiques pour répondre aux mesures suivantes :

Les éclairages intérieurs des locaux à usage professionnel sont éteints une heure après la fin de l’occupation des locaux. Les illuminations des façades des bâtiments sont éteintes au plus tard à 1 heure.

Les éclairages des vitrines de magasins, de commerces ou d’expositions sont éteints au plus tard à 1 heure, ou 1 heure après la fin de l’occupation de ces locaux si celle-ci intervient plus tardivement.

Les éclairages des vitrines de magasins, de commerce ou d’expositions peuvent être allumés à partir de 7 heures ou une heure avant le début de l’activité si celle-ci s’exerce plus tôt. Les illuminations de façades des bâtiments ne peuvent être allumées avant le coucher du soleil.

 

 

Sécurité en photoluminescence et type d’éclairage dans les ERP

 

Suite aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis et ceux de Londres du 7 juillet 2005 dans le métro, l’analyse des conditions d’évacuation des personnes à montrer que la présence de systèmes de balisage de sécurité en photoluminescence (marquage qui continue de briller dans la nuit quand il a été soumis à une excitation préalable par la lumière) avait grandement facilité l’accès aux issues de sorties. Cela a amené à l’élaboration d’une recommandation européenne pour l’emploi de tels systèmes en Europe, traduit en France par les normes NF X08-050-1, 2 et 3.

 

De façon concise, cette norme, basée sur une recommandation et non une obligation, définit comment doit être envisagé et mis en œuvre avec contrôle un balisage photoluminescent. En cas de suppression totale de lumière artificielle, les utilisateurs d’un ERP pourront trouver facilement les sorties d’évacuation. La fumée noire montante pouvant totalement occulter la lumière de sécurité des blocs secours, cette norme ne s’applique pas qu’aux ERP mais à tous les bâtiments.

 

Suite à un incendie, un fait divers mortel a mis en évidence une mauvaise compatibilité entre le système de balisage de sécurité photoluminescent et le système d’éclairage dans les circulations. Le troisième volet de la norme a pris en compte cette problématique.

 

Tout d’abord, l’emploi d’éclairage à LED peut se montrer pratiquement incompatible avec la photoluminescence. Explication : actuellement une LED blanche est le plus souvent faite d’une LED bleue recouverte d’un complexe à base de phosphore qui sous l’action de cette lumière bleue émet une lumière perçue par l’œil comme plus ou moins blanche. Si l’on analyse la lumière avec un spectromètre, on voit que la longueur d’onde fait un pic et est plus intense dans le bleu. La photoluminescence utilise une autre forme de phosphore qui est le plus souvent vert (celui qui restitue le plus de lumière) même s'il existe des pigments photoluminescents bleus, jaunes, oranges, roses, blancs... restituant de façon plus ou moins performante l’énergie lumineuse accumulée. Cette lumière verte est elle aussi dans un spectre de lumière très étroit.

La lumière naturelle et bon nombre de tubes fluorescents sont composés d’un spectre suffisamment large pour que dans cette lumière se trouve de quoi exciter les pigments verts. Mais l’utilisation d’une lumière blanche à dominante bleue n’excite qu’une faible partie des pigments photoluminescents voire quasiment rien (voir image graphique).

Et si de surcroit le système d’éclairage de la circulation est couplé avec un système d’économie d’énergie diminuant ou arrêtant totalement l’éclairage dès qu’il n’y a plus d’occupants (respect de la RT2012), alors les conditions de ‘’rechargement’’ du marquage photoluminescent ne sont pas atteintes et celui-ci peut se montrer totalement inutile, provoquant la perte de repère des personnes cherchant à évacuer l’immeuble. Le choix de tubes fluorescents plutôt que de la LED aurait permis d’avoir une source plus appropriée pour exciter la signalétique de sécurité.

 

Il est donc important de bien veiller à la compatibilité des technologies et systèmes mis en œuvre pour atteindre le but recherché, l’accumulation du respect des normes pouvant devenir contre-productive quant à la sécurité des personnes.

 

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