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Le Carreau du Temple

Le carreau... se relève !

 

Cet ancien marché couvert du Haut Marais a ouvert à nouveau ses portes en avril dernier. Pourtant, ce témoin de la grande tradition des architectures métalliques parisiennes de la fin du XIXe siècle a bien failli disparaître dans les années 1970. Bertrand Delanoë, le nouveau maire de Paris, décide en 2001 de le faire restaurer. Ce monument historique accueillera désormais des activités culturelles et sportives. Un projet réalisé par l’agence StudioMilou Architecture.

 

Un lieu chargé d'histoire

Au XIIe siècle, ce lieu était un « enclos » occupé par les chevaliers de l’ordre du Temple de Jérusalem. En 1781 s’élève une rotonde abritant déjà des boutiques. Puis en 1809, sont érigées des halles en bois formant quatre quadrilatères. Cet ensemble donne le jour au premier marché du Temple.

Au milieu du XIXe siècle, devenu vétuste, les halles sont démolies afin de laisser place à des bâtiments plus lumineux et aérés.

En 1863, Jules de Mérindol est chargé de la construction du nouveau marché, qui s’inscrit dans le cadre de la rénovation urbaine de Paris voulue par Napoléon III et le préfet Haussmann. Ce marché est bâti sur le même modèle que les nouvelles halles Baltard, avec des pavillons de métal, de verre et de brique. Il contient plus de deux mille places pour les vendeurs et abrite le Carreau ouvert aux fripiers.

En 1904, il accueille la première Foire de Paris. Un an plus tard, quatre des six pavillons du marché de Mérindol sont démolis. Les deux restants, rouverts en 1907, formeront le Carreau du Temple tel qu’il fonctionnera jusqu’à sa fermeture définitive. Dans les années 1970 les activités du Temple ralentissent.

En 1976, alors qu’il est voué à être rasé pour pouvoir édifier un parking, cinq mille habitants du quartier signent une pétition s’opposant à sa destruction. Très attachée à ce lieu, la population locale réussit en 1982 à faire inscrire aux Monuments historiques l’unique bâtiment épargné, le sauvant ainsi définitivement de la démolition.

Quand Bernard Delanoë, maire de Paris, décide de faire restaurer le Carreau du Temple, ce sont aussi les habitants du quartier, consultés par vote, qui choisissent la nouvelle vocation du Carreau : il accueillera des activités culturelles et sportives.

 

Projet de StudioMilou

A l’issue d’un concours organisé en 2007, le projet de restauration est confié à l’agence StudioMilou Architecture, dirigée par Jean-François Milou. Celle-ci compte à son registre de nombreux projets de réhabilitation-conversion, en France et un peu partout dans le monde, notamment en Asie. Parmi les réalisations du studio figurent la Cité de la mer, à Cherbourg, établie dans le bâtiment Art déco de l’ancienne gare transatlantique restructurée, et le musée de l’Automobile, à Mulhouse, aménagé dans une ancienne filature du XIXe siècle. Ces opérations ont donné au StudioMilou l’occasion de développer le thème de la confrontation d’époques.

 

La restauration du Carreau du Temple révèle une architecture épurée dans une réhabilitation qui minimise l’impact visuel des interventions sur les façades, afin de valoriser la structure métallique du bâtiment et de la baigner de lumière sur toutes ses faces.


Jean-François Milou a pris le parti d’une « idéalisation, d’une amplification poétique » de la structure fine de la halle du Carreau. L’intervention visait à restituer dans l’espace public la vue sur l’architecture des nefs vitrées.

Le travail a donc consisté en un allègement maximum, afin de parvenir à une architecture épurée et structurelle. Il a fallu convaincre les autorités en charge du patrimoine de l’intérêt de supprimer les remplissages en brique, qui étaient des éléments historiques constituant le système de clôture du Carreau depuis cent cinquante ans. Ils ont été remplacés par des grilles en Inox, rendant transparent le nouveau Carreau. Le promeneur peut ainsi embrasser d’un seul regard la charpente métallique.


Une autre difficulté majeure fut d’intégrer le plus discrètement possible les normes actuelles de construction. Un vrai défi, que l’agence a su relever en travaillant des milliers d’heures sur la conception de l’enveloppe du Carreau. Ainsi, une double peau en parement de chêne, placée à 45 cm en retrait des arcatures en tôle et des poteaux extérieurs, permet de répondre à toutes les contraintes thermiques et acoustiques.


Pour aménager les nombreuses sorties de secours nécessaires, il a fallu percer les murs de soubassement en brique d’origine. Afin de conserver au bâtiment son unité, Jean-François Milou a créé un registre de claustras en bois et Inox, reprenant la hauteur et les lignes de composition du soubassement initial.


Le bois de chêne est d’ailleurs omniprésent dans l’habillage intérieur. Travaillé à la manière d’une marqueterie, il réchauffe et met en valeur la légèreté des nefs. Ces dernières sont baignées de lumière grâce à la conservation de la transparence complète des lanterneaux.


La nappe de zinc de la toiture, refaite à neuf et à l’identique, a gardé son caractère très parisien.

 

Jean-François Milou a tiré profit des volumes pour mieux réinterpréter l’esprit du lieu et sa qualité d’usage. Il a proposé un aménagement parvenant à une meilleure gestion des flux publics. Le volume a été augmenté de deux nouveaux niveaux de sous-sols, creusés jusqu’à une profondeur de 6 mètres. Cette organisation spatiale est immédiatement lisible. La nef centrale a été conservée intacte, pour en faire un espace de distribution des activités des deux halles. Ainsi, lors de certaines manifestations, l’intégralité du sol du Carreau du Temple peut s’ouvrir aux activités publiques, sans aucun obstacle intérieur. Par ailleurs, la nef peut être utilisée de manière totalement autonome par rapport aux deux autres halles, par exemple à l’occasion d’expositions ou de défilés de mode. Au niveau bas se situe l’accueil, dans un espace de grande hauteur. La distribution de ce niveau reprend le caractère symétrique des deux halles supérieures, ainsi que la grande lisibilité des circulations périphériques et centrales. Celles-ci permettent une très grande flexibilité dans l’occupation des espaces.


Le sol de l’espace public périphérique, lui, fonctionne comme  un « socle » reliant le Carreau aux bâtiments composant le quartier, devenant ainsi un « parvis » pour ce nouveau Carreau du Temple, qui, le soir venu, peut, souligne Jean-François Milou, « jouer pleinement son rôle de lanterne sur l’espace de la rue ».

 

L'agence StudioMilou démontre une fois de plus, qu'elle sait restaurer un patrimoine urbain en lui apportant une touche contemporaine. Un véritable savoir-faire qui la caractérise.

 

 

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Carreau du Temple

4, rue Eugène Spuller

75003 Paris

 

 

StudioMilou Architecture

111, rue Saint-Antoine

75004 Paris

Tél. : 01 42 71 65 32

www.studioMilou.fr